26 août 2017 ~ 2 Commentaires

La guerre de libération (1954-1962) suite II

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LA FIN

Depuis 4 ans, la France est engagée en Algérie dans une guerre qui ne dit pas son nom et l’opinion publique est las des violences et des exactions, sans parler du pouvoir politique qui s’effondre en s’épuisant à ne donner aucune solution. A Alger, le coup de force des militaires avec à sa tête le général De Gaulles est réussi et la quatrième République va bientôt laisser place à la cinquième.

A cause de son impuissance à gérer « les évènements » d’Algérie, en 1958, le 9 ème gouvernement tombe à Paris, et le 28 mai de la même année plus de 200 000 manifestants défilent pour dénoncer la prise de pouvoir de l’armée à Alger et par ricochet à Paris. Pour les marcheurs, « le fascisme ne passera pas ».

De Gaulles espère sur la majorité silencieuse, et veut croire que le peuple attend un homme providentiel car il est fin tacticien. Au début, il ne se prononcera pas sur la question algérienne et pourtant toute la classe politique et le peuple français sont suspendus à ses décisions. Juin 1958, le parlement lui accorde sa confiance. Il accepte à la seule condition d’avoir les pleins pouvoirs pendant 6 mois. Le temps qu’il lui faudra pour écrire une nouvelle constitution pour l’avènement d’une nouvelle République. A ce moment là, les Français redoute une guerre civile. On attend de lui qu’il mette un terme à la guerre d’Algérie mais il aura encore 4 ans de guerre à supporter avant la fin des hostilités.

Immédiatement après la prise de ses fonctions, il se rend à Alger. Tous les artisans de son retour au pouvoir sont présents; Salan et Massue. Ces derniers font pression sur lui pour garder l’Algérie à la France, d’ailleurs tous les européens le lui demandent aussi. Il est reçu par des centaines de milliers de partisans de l’Algérie-française. Au fond, il sait que la partie est finie. Il faut juste trouver les moyens de limiter la casse. Au balcon de la grande poste d’Alger, il prononce ses mots: « Je vous ai compris« . En réalité, personne n’avait compris ce qu’il fallait comprendre.  » assurer une patrie à ceux qui doutaient d’en avoir une ». Il a réussi à endormir le peuple pour un temps. Il parlait non pas seulement aux Français d’Algérie mais à tous les habitants de la terre d’Algérie c’est à dire même aux autochtones. Les européens n’avaient alors pas encore compris sa démarche. Il voulait effectivement donner les mêmes droits à tous. Quel meilleur moyen de tenir un peuple que de lui rendre sa dignité. Mais la fracture est là, voir la déchirure. Avec du recul, on sait aujourd’hui qu’il était déjà trop tard. Lui aussi voulait se donner encore une chance; pensait-il la dernière.

Le FLN lui répond spectaculairement. Il décide de porter la guerre en France métropolitaine. Le 25 août 1958, il fait sauter les réservoirs pétroliers de Marseille. Une gigantesque colonne de feu s’élève dans le ciel. Selon des témoins, elle fait 100 à 200 mètres de haut., et il ne tarde pas à s’en dégager un épais nuage de fumée noire. Une forte odeur d’essence flotte dans l’air. La police ferme les autoroutes ainsi que de nombreuses routes passant à proximité du dépôt. Les nuages noirs s’étendent sur une grande partie de la ville de Marseille. Les opérations d’extinction ne pourront démarrer que le lendemain. La chaleur est telle que les pompiers ne peuvent s’approcher de l’incendie. Et, pour éteindre un incendie d’une telle ampleur, les quantités de mousse carbonique nécessaires sont absolument énormes. Trois jours plus tard, les 15 réservoirs en feu sont maitrisés. C’est tout un symbole. Il s’agit de préciser, que même si le Sud n’est pas encore touché par les armes, il appartient à la nation algérienne. Le peuple Français stupéfait, découvre que cette guerre peut les atteindre dans leur propre territoire. Le même jour, Soustelle, alors ministre de la justice, échappe à un attentat à Paris. C’est le pouvoir que le FLN veut atteindre. Il est temps pour l’organisation de déplacer les violences, ce qui permettra de mieux se faire entendre de la communauté internationale afin d’exercer encore plus de pression.

Bien évidemment, il y aura en retour une sévère répression contre la communauté algérienne en France. Il y en a 300 000 qui vivent dans la métropole. 300 000 à soutenir le combat en finançant le FLN. Les renseignements généraux le savent.

Trois semaines après l’attentat de Marseille, les cadres du FLN se rendent à Tunis et proclament la création du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) et désigne son président; Ferhat Abbas (1899-1985). Un autre message politique envoyé à De Gaulles.     Abbas va s’employer à obtenir des soutiens internationaux et veut unifier tous les courants nationalistes algériens pour faire de son gouvernement un unique interlocuteur pour les futures négociations pour l’indépendance. La crainte est la division et il précise bien que les algériens ne sont pas les ennemis de la France, nous luttons uniquement pour notre indépendance.

L’indépendance, De Gaulles y songe. Il pense aussi à sa nouvelle constitution qu’il veut faire  adopter par référendum. L’équation est simple, voter « Oui », c’est voter pour la paix en Algérie. On explique cela aux populations qui vont voter pour la première fois. De Gaulles veut en réalité tous les pouvoirs. Une manipulation de masse à travers le jeu de la guerre pout y parvenir. Il parle même de pourcentage car il veut l’adhésion totale de la nation qui lui accordera la légitimité nécessaire pour prendre des décisions radicales sans en être inquiété.

Le 28 septembre 1958, partout on vote même en Algérie et même les algériens. Ils peuvent pour la première fois s’exprimer. C’est une révolution en soit car la pleine citoyenneté leur est accordé et, les femmes aussi on le droit de vote. Malgré la pression du FLN qui est contre ce référendum, les algériens votent massivement. C’est un triomphe pour De Gaulles, 95% de oui en Algérie et 82% en métropole pour la nouvelle constitution. La France entre dans la 5ème République.

Il a maintenant les mains libres. Il peut mettre en place sa politique et le plan secret dont il n’a parlé à personne. Il veut négocier sérieusement avec le FLN. Il veut créer une fédération, une association entre les deux pays mais à une seule condition; garder le Sahara. Intolérable pour le FLN et les résistants. C’est là que se trouve la richesse du pays, de plus les Touaregs et Mozabites (berbères tous) ne veulent pas non plus faire partie de la France. Il faut savoir que les entreprises françaises se sont déjà installées par les groupes pétroliers d’Etat, ELF et Total. En fin stratège et pour être en position de force pour les négociations, il cherche à rallier la population algérienne. Il lance donc le plan de Constantine, c’est un immense plan de développement économique. Logements, emplois, salaires et redistribution des terres aux paysans sont les cartes maitresses qui vont lui permettre d’affaiblir le FLN. Les partisans de l’Algérie-française y trouvent aussi leurs comptes. Ce sont des milliards de francs qui sont injectés directement dans les caisses algériennes. La faille dans cette stratégie est que cela permettra la reconstruction ou le développement du pays. Le revers de la médaille est que les Français d’Algérie ne voudront ni partager, ni abandonner les territoires. De Gaulles est dans une impasse. Qui finance tous cela; bien évidemment le pétrole algérien qui connaît un développement fulgurant. Des ports sont construits, des gazoducs et des navires pétroliers. L’Algérie se modernise à une vitesse grand V. De Gaulles veut une indépendance énergétique totale pour la métropole. C’est le centre de sa stratégie. En bon négociateur, il ne traite plus les résistants de terroristes mais de courageux combattants. il veut maintenant « la  paix des braves ». Il s’adresse donc directement au FLN d’égal à égal. Le FLN ne transige pas, il n’est pas question de couper l’Algérie en deux. Au delà des richesses, il s’agit d’un même peuple. Le FLN rejette donc « la paix des braves », ce serait une forme de capitulation. Puis il y a eu trop de morts du coté algérien. Ce serait insulter la mémoire des défunts. Le FLN le répète encore; » nous n’avons aucune haine contre la France, notre objectif est notre totale souveraineté« . Il va sans dire que les Français d’Algérie sont troublés par cet appel au dialogue avec le FLN et surtout les militaires. De Gaulles le sait et n’hésite pas à changer les chefs militaires installés à Alger, Salan, Massue et tous les officiers partisans de l’Algérie-française. Ces mêmes officiers qui vont, plus tard, fomenter un putsch puis fonder l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète). Ils repartent effectivement d’Alger avec le sentiment de trahison de la part de De Gaulles. Ce dernier insiste sur « la paix des braves » et fait un premier geste fort; il ordonne la libération de 10 000 prisonniers du FLN. Il leurs accorde même une indemnité. Il faut commencer à acheter tout le monde. Les prisonniers politiques aussi sont libérés tel que Messali Hadj.

Mais ne nous trompons pas, la guerre fait rage à l’intérieur du pays, en Kabylie et aux Aurès car malgré ses belles tentatives d’amadouer le peuple, De Gaulles veut une victoire militaire aussi. Il veut écraser l’ALN. Il envoie encore plus de soldats et de parachutistes; Le conflit est loin d’être fini. Encore trois ans. Il s’engage avec brutalité dans la guerre, avec pour objectif d’affaiblir l’adversaire en vu des négociations à venir. C’est le fameux « plan Challe ».

Le « Plan Challe » du nom du général Challe (1905-1979) qui a pour ordre d’anéantir l’ALN et surtout les têtes pensantes du FLN. Pour cela il disposera de 450 000 hommes, de dizaines d’hélicoptères, de chars et de moyens de communications modernes. Ce sera un véritable rouleaux compresseur face aux 60 000 soldats de l’ALN un peu moins bien lotis coté armement. Ce sera une bataille très dure des deux côtés. L’ALN connaît parfaitement le terrain, ce qui équilibre plus ou moins les forces. Les Français pratiquent la politique de la terre brûlée. En effet, civil ou pas, tout le monde y passe. C’est un écrasement programmé. Ils vont jusqu’à utiliser des armes interdites par les conventions internationales, les « bidons spéciaux » du vrai nom; le NAPALME. Des centaines de milliers de morts. L’ALN est alors en difficulté à ce moment. Des centaines de combattants se rendent car ils sont coupés du commandement. Les Français leurs laissent le choix: combattre avec eux contre leurs frères ou être exécutés. Ils vont ainsi recruter des centaines de milliers de Harkis. C’est un gros problème pour l’ALN et le FLN car ils connaissent parfaitement et le terrain et la pensée des rebelles. Ils vont être d’une efficacité redoutable. Challe lui même dit d’eux « le français de souche nord-africaine est meilleur chasseur que le français de souche nord-africaine » c’est à dire l’autochtone plutôt que le blanc.

De gaulles croit qu’il est en train de gagner la guerre. Effectivement, 10 000 prisonniers parmi l’ALN et 20 000 maquisards sont morts lors de l’opération dont plusieurs chefs comme le colonel Amirouche (1956-1959), la bête noir des montagnes de Kabylie et que les militaires français surnommaient « Amirouche le terrible ». Son corps est volontairement montré à la population et à la presse comme le signe d’une victoire définitive à venir. Les soldats d’élites sont fiers de leur victoire lors de cette bataille, mais pas les appelés parce qu’il y a eu tout de même 4700 des leurs qui sont tombés et que cette opération ne fut pas conventionnelle. Ils sont tout même convaincu qu’ils l’ont emporté définitivement et que l’Algérie restera française. Mais De Gaulles sait, grace aux renseignements généraux, qu’il s’agit juste d’un ennemi affaibli.

En réalité, dans les coulisses, l’URSS est à la manœuvre. L’union soviétique est en train de sur-armer les soldats des frontières et leurs envoient des techniciens et soldats d’élites                 (les Spetsnaz) pour leur apprendre à utiliser leur armement dernier cri. Ils veulent tester leur nouveautés en temps réel et De gaulles veut absolument sortir du bourbier algérien. Il sait que cela risque de durer des années surtout avec l’intervention des grandes puissances, URSS et USA dont les américains ne pardonneront pas au président Français de vouloir faire cavalier seul en se retirant du commandement de l’OTAN après la seconde guerre mondiale. Sans parler de son isolement de la communauté internationale et que ce conflit consume une grande partie du budget de l’Etat.

En 1960, l’armée des frontières est fine prête à entrer en action. De Gaulles veut absolument négocier au plus vite avant que ses gains sur le terrain ne devienne une humiliation pour le pays. Il va jusqu’à déclarer: « L’Algérie de papa est morte, si on ne le comprend pas, on mourra avec elle ».

Il propose donc aux algériens une consultation par les urnes pour l’auto-détermination. Les leaders du FLN sont pris de court mais restent inflexibles. Le FLN veut l’indépendance. C’est pourtant simple! C’est l’angoisse chez les français d’Algérie. Ils se sentent trahis. Salan et Massue de même que Soustelle attendent au tournant. Le 24 janvier 1960, les Français d’Algérie sortent à nouveau dans les rues d’Alger scandant toujours le même refrain « Algérie-française ». Cette foule croit encore au poids politique qui avait fait tomber la République précédente. Il y aura par la suite un affrontement entre les gendarmes et les manifestants. C’est une véritable mini révolution entre français. Les gendarmes tirent et font 35 morts et 250 blessés lors de la première fusillade. Ils s’entretuent, c’est le signe d’une guerre civile. C’est tout bénéf pour le FLN; surtout ne pas intervenir pour ne pas leur donner l’occasion de se concentrer sur un ennemi commun. Le lendemain, une seconde fusillade fera 15 morts et 75 blessés. Et au bout d’une semaine, le mouvement s’essouffle. L’armée et une partie de la population n’ont pas soutenu les contestataires. Les activistes sont arrêtés comme Pierre La gaillarde (1931-2014), député d’Alger qui fondera plus tard l’OAS. Dorénavant, il sera question d’un antigaullisme des français d’Algérie alors qu’en métropole, il est soutenu par plus de 80% de l’opinion publique; sondage commandé par le président. Dans le continent européen, la population en a assez de cette guerre.

Dans le même temps, il y aura les essaies de la « honte ». Effectivement, le 3 février 1960 la première bombe nucléaire française explose dans le Sahara. Sa politique de défense sera la dissuasion. Toujours le Sahara qu’il ne veut absolument pas lâcher. C’est un bien précieux et il ne sait pas comment faire pour le garder. De leur coté, le FLN joue à fond la carte de la politique et de la diplomatie et l’armée des frontières se tient prête à intervenir. Il cherche cependant des soutiens partout dans le monde car il y aura bientôt un vote à l’ONU. Les chefs du parti se rendent notamment chez Mao Zedong (1893-1976) qui les reçoit avec les honneurs. Pour la première fois le drapeau algérien flotte dans le monde, à Pékin, et l’hymne national et joué officiellement par la garde Républicaine chinoise. Pour les chinois, l’Algérie est désormais considérée comme un Etat à part entier avant même l’indépendance officielle. C’est très bien joué de la part du FLN. Il faut préciser aussi que les soutiens gagnent la France. De nombreux intellectuels s’impliquent pour l’indépendance à l’image de Sartre (1905-1980) qui écrit: « Personne n’ignore aujourd’hui que nous avons ruiné, affamé, massacré un peuple de pauvres pour qu’il tombe à genoux et il est resté debout ». 

Le 9 décembre 1960, De Gaulles revient pour la dernière fois en Algérie pour soutenir sa démarche du référendum pour l’autodétermination. Il est hué par les partisans de l’Algérie-française parce qu’ils avaient compris qu’il était en train de les lâcher. Les pieds noirs laissent éclater leur colère et dans la Casbah c’est la fête. Le drapeau algérien est bientôt partout. Le peuple sort jusque dans les quartiers français. Alger est assiégée par les deux communautés et vont entrer en collision. D’énormes incidents se produisent. La gendarmerie et l’armée sont obligées d’intervenir. On tire sur les foules, européennes et algériennes. Les forces de l’ordre répriment sans distinction. Puis, la Casbah sera entièrement bouclée. Mais le peuple algérien n’a plus peur, il veut affrontement les gendarmes et militaires. Sur les toits, les partisans de l’Algérie-française tirent sur la foule. Certains algériens sortent des armes aussi et ripostent. Durant 5 jours, Alger est devenue sanglante. 200 algériens et 50 français ont perdu la vie. Cet épisode fait comprendre aux européens que le rapport de force était en train de s’inverser. A ce moment précis, le peuple algérien devenait maitre de son destin. Il n’était plus possible pour la France de contenir la colère de tout le peuple sauf à faire un génocide à plus grande échelle; car le génocide a été fait.

8 janvier 1961, se déroule le référendum dans un climat de tension extrême. La question est : »Etes-vous pour l’autodétermination en Algérie? Oui ou Non ». L’enjeux était immense et tout le monde en était conscient. 77% de Oui en métropole et 70% de Oui en Algérie. Ce qui va pousser les ultras de l’Algérie-française à agir. Pierre La Gaillarde a échappé à la justice et a trouvé refuge dans l’Espagne de Franco (1892-1975). Il a rejoint le général Salan à Madrid. Celui-ci a été interdit de séjour en Algérie sur ordre de De Gaulles. Ensemble, ils créent le mouvement terroriste « Organisation de l’Armée Secrète » OAS dont l’objectif est de maintenir l’Algérie française.

Le 21 avril 1961, le putsch. Au petit matin, les généraux Salan, Zeller, Jouhaux  et Challe arrivent secrètement à Alger et prennent possession, du siège de la veille, du palais du gouvernement. C’est clairement un coup d’Etat contre les politiques de la métropole. C’est intolérable pour le président. Il applique alors un article de sa constitution qui lui confère les pleins pouvoirs. Le soir même, il revêt son uniforme de général pour s’adresser à la nation en direct à la télévision « Un pouvoir insurrectionnel s’est établit en Algérie par un pronunciamiento militaire, ce pouvoir a une apparence, un quarteron de généraux en retraites, ils ne voient et ne connaissent la nation que déformer, aux travers de leur frénésie. Leur entreprise ne peut conduire qu’à un désastre national. » Le lendemain, à Paris, des bombes explosent à la gare de Lyon et à l’aéroport d’Orly. C’est l’OAS qui signe ces attentats. Tout semble converger vers un coup d’Etat et le gouvernement craint une prise d’assaut par les parachutistes sur la capitale. La guerre d’Algérie est en train d’emporter la France entière dans sa tourmente et pour la première depuis la seconde guerre mondiale, Paris est investit par les chars d’assauts protégeant les hauts lieux de la République. De Gaulles sort toute l’armée pour barrer la route aux putschistes et le peuple fait bloc derrière leur président. C’est effectivement le destin de la République qui est en train de se jouer à Alger, il y a encore 450 000 soldats en Algérie. Personne ne sait quel sera leur choix; suivre les officiers putschistes ou la République. La majorité des hommes sont profondément républicains et, par conséquent, ils refusent de participer au coup d’Etat et bien sûr, sans eux rien n’est possible. Finalement, le putsch tourne en véritable fiasco. Challe se rend et Salan prend la fuite en retournant à Madrid d’où il va continuer sa lutte désespérée. Il est toujours à la tête de l’OAS et il compte sur ses 3000 partisans pour ouvrir un nouveau front. La France va désormais vivre au rythme des attentats. Des français sont tués aveuglément et dans le viseur de l’OAS, on trouve la presse, la justice, les policiers, tous les ministères et des personnalités politiques comme Malraux (1901-1976) ou Mitterrand jusqu’au président de la république qui échappe à un attentat le 9 septembre 1961 dans son véhicule. La bombe a sauté quelques secondes trop tard. Entre De Gaulles et Salan, ca devient une lutte à mort. Le peuple, lui, est excédé et craint encore un basculement dans la guerre civile. Pour allumer la mèche, des membres du FLN tuent de nombreux policiers en le mettant sur le compte de l’OAS. Pour mettre de l’ordre, De Gaulles les pleins pouvoirs au préfet de Paris; Maurice Papon. Les consignes sont strictes: aucune manifestation algérienne ou pro algérienne ne sera tolérée. Ils seront soumis à un couvre feu, ils n’auront plus le droit de sortir après 20 heures sous peine d’être mitraillés. Pour dénoncer cette interdiction, 30 000 algériens quittent leurs foyers pour se rassembler à Paris centre. Le préfet ordonne alors la dislocation de la manifestation. Au même moment, une rumeur circule; une dizaine de gendarmes ont été assassinés. On saura plus tard qu’il s’agissait d’une manipulation destinée à provoquer une réaction violente. Un vent de folie s’emparent des forces de l’ordre. La violence est à son comble, des dizaines d’algériens sont jetés dans la Seine. Les autorités reconnaitront officiellement deux morts mais, en réalité, il y en aura 134. Plus de 12 500 seront arrêtés en nuit et seront expulsés dès le lendemain en Algérie. Cette nuit est occultée des mémoires françaises, alors qu’en Algérie est une journée de commémoration.

A la fin de l’année 1961 à l’annonce de l’ouverture officiel des négociations entre le FLN et le gouvernements français, va radicaliser un peu plus l’OAS. Une véritable explosion de violence en Algérie et en France. Rien que le mois de janvier 1962, il y aura 850 attentas perpétrés qui feront plus de 500 morts dont 300 uniquement en France et 1059 blessés. Le pays est plongé dans l’enfer du terrorisme. L’OAS tente d’éliminer Jean Paul Sartre en plastiquant son appartement pour s’être mobilisé pour l’indépendance de l’Algérie. Puis ce sera le tour de Malraux, en février 1962. Cet attentat va être le tournant car Malraux n’est pas chez lui mais ce sera une enfant de quatre ans, sa voisine, qui, atteinte, perdra la vu. La presse publie les images de l’enfant qui va provoquer une émotion immense dans l’opinion public. Un écœurement qui va pousser cette opinion public à réagir en manifestant en masse le 8 février 1962 sur Paris. Plus de 500 000 personnes descendent dans la rue, mais très vite et sur ordre du préfet Papon, les forces de l’ordre chargent, il y aura 19 morts, des vieillards pour la plupart. Le choc sera profond dans l’opinion. Il s’agissait de dénoncer le terrorisme et le peuple ne comprenait pas pourquoi la violence des services de police. 1 000 000 de personnes se rassemblent pour les obsèques des victimes policières. Le pouvoir politique a maintenant peur de la réaction de la rue.

C’est dans ce contexte de grandes tensions que le 7 mars 1962 à Evian, en Suisse, s’ouvre les négociations entre le gouvernement français et les représentants du FLN. C’est Krim Belkacem, ministre de la guerre du GPRA qui conduit la délégation algérienne et Louis Joxe (1901-1991), ministre des affaires algériennes, qui représente la France. Durant 11 jours, les deux parties discutent pied à pied et débouchent sur un compromis: Le cessé le feu immédiat sur tout le territoire et la mise en place de l’indépendance par référendum. Toutefois, la France pose deux conditions;

1- La protection europénne de la population algérienne.

2- Le droit d’exploiter le Sahara pendant 6 ans.

En contre partie, le FLN obtient la poursuite du plan de Constantine c’est à dire l’achèvement de l’aide technique et économique du plan de développement du pays. L’accord est signé le 18 mars 1962. Le FLN a obtenu satisfaction, il arraché l’indépendance, conservé l’unité de l’Algérie en gardant le Sahara et il est devenu l’unique interlocuteur de la France.

Le matin même de cette signature, 197 attentats sont commis en Algérie. L’OAS vient de s’engager dans un dernier combat. Les derniers récalcitrants sont désespérés et mènent une politique de la guerre brûlée. Durant trois mois, l’organisation met le pays à feu et à sang. De son côté le FLN réplique en enlevant des civils français, il s’agira des membres des familles de l’OAS. Alors que la guerre semblait s’achever, c’est de nouveau l’engrenage et la terreur.

A Alger, le 26 mars 1962, l’OAS organise une grève générale et un grand rassemblement. Soudain, tout dérape. La rue D’Isly s’embrase. L’affrontement entre manifestant et gendarmes fera 56 morts et plus de 200 blessés. Encore des français qui s’entretuent. Les pieds noirs et les colons ont compris. Pris en étau entre toutes les violences de l’OAS, celle du FLN et de l’indépendance à venir, ils n’ont plus leur place dans ce pays. Ils faut maintenant partir, quitter sa terre natale. Un véritable traumatisme pour ces populations. Des centaines de milliers de personnes qui abandonnent tout; leur pays, leur maison, leur travail et leur morts. Ce sera un allé sans retour vers la France que la majorité d’entre eux n’a jamais connu.

En plein exode, un attentat de l’OAS détruit la tour de contrôle de l’aéroport d’Alger dans le but de clouer au sol les avions qui emportent les européens en Europe. Les départs sont un temps interrompus et pourtant il faudra partir quand même. Les bateaux sont pris d’assaut; tous les moyens sont bons y compris les embarcations de fortunes comme les bateaux de pêcheurs, les cars vers la Tunisie ou le Maroc.

Les autorités françaises ne sont pas préparé à un tel exode. Plus 1 200 000 personnes se retrouvent dans la métropole en quelques semaines. La majorité se retrouvent dans la rue sans aucune ressource et des dizaines de morts lors de la traversée sauvage. A vrai dire, les français ne veulent pas vraiment de cette population. Ils les considèrent comme des étrangers. Puis vient le référendum pour l’indépendance. « Voulez-vous que l’Algérie devienne un Etat indépendant coopérant avec la France »? Telle est la question unique, directe et sans ambiguïté qui est posée en Algérie. La réponse aussi est sans ambiguïté, le 1er juillet 1962, le Oui l’emporte à 99,92%. L’indépendance est approuvée. Le 3 juillet 1962, le général De Gaulles reconnaît donc l’indépendance de l’Algérie et les pouvoirs exécutifs de la France sont officiellement transmis au président exécutif du gouvernement provisoire algérien, Abderahmane Farès (1911-1991). Pour l’armée française aussi c’est le temps du départ. Comme en Indochine, le sang versé, les sacrifices, les exactions et les tortures; tous cela parait bien vain. Pour ces hommes ce sera encore une défaite, ils devront vivre avec leur cauchemars sans parler de la honte qui les ronge du fait d’avoir abandonné les supplétifs, les harkis, à leur sort. Ils sont voués à la vengeance. Ils sont désarmés par ordre de De Gaulles car il craint la récupération par l’OAS. C’est un télégramme secret qui est envoyé par le ministre des affaires algérienne qui ordonne l’interruption des évacuations : »Demande à haut commissaire de rappeler que toute initiative individuelle tendant à installer en métropole des Français musulmans, sont strictement interdites. Avisez tout chef SAS et commandant d’unités ». Au fait, les harkis sont condamnés à mort par la France. Après l’indépendance, des dizaines de milliers de harkis vont être massacrés par le FLN qui, faut dire ce qu’il en est, sont des traitres. Du côté algériens le bilan est très lourd: 760 000 personnes ont été tués en 8 années de guerres. 1/9 ème  de la population et plus de 2 000 000 de paysans ont été déplacés, un véritable génocide. Côté français: C’est toute une génération qui restera marquée. 32 000 appelés et 2 700 parachutistes seront tués et des milliers de blessés sans parler ceux qui ont perdu l’esprit et resteront handicapés à vie. L’impossibilité même de pouvoir en parler et des centaines de milliers de militaires de carrières vont démissionnés car pour eux, c’est pire qu’une défaite, une humiliation. Comment un peuple aussi pauvre, sans aucune éducation (pour eux car notre éducation est notre histoire millénaire) a réussi à les faire plier. c’est incompréhensible à leurs yeux.

Pour la France, la perte de l’Algérie met un terme définitif à sa période coloniale et à sa puissance impériale dans le monde. Elle va se concentrée dorénavant à la construction européenne.

Sous une liesse immense dans tout le territoire national, du nord au sud et d’est en ouest, le 5 juillet 1962, sera proclamé l’indépendance officielle de l’Algérie. Durant cinq jours les algériens fêtent la renaissance de notre nation. l’ONU reconnaît officiellement la nouvelle nation par un vote unanime et le drapeau flotte parmi les pays du monde à New York.

CONCLUSION

C’est l’aboutissement de tous ces combats et la fin d’une guerre que la France mettra 40 ans à nommer, le 10 juin 1999.

En fait, le secret de la victoire résidait dans la ténacité. Le Colonel Amirouche (Amirouche le terrible) aimait à psalmodier ces quelques mots à ses hommes pour les encourager et leur rappeler pourquoi ce sacrifice était nécessaire avant d’aller au combat, au contact des ennemis et au dela de toute religion ou croyance: « Nous, les vestiges d’un peuple bientôt éteint, faisons le vœux de corriger les erreurs de nos ancêtres, de préserver nos terres et de retrouver ce qui a été égaré au péril de notre propre naissance ». D’après les survivants de son unité, ces quelques mots étaient plus forts que n’importe quelle drogue ou substance qui pouvait permettre d’enlever la peur. 

L’ampleur inouïe des moyens mis en œuvre pendant cent trente ans par la France pour déculturer le peuple et l’assimiler aurait dû avoir pour effet d’effacer à jamais les langues nationales (Berbère et Arabe), les valeurs spirituelles et religieuses, l’histoire et la conscience nationale. En fait, le soulèvement du ler novembre 1954 a surpris ceux qui ne croyaient pas à la ténacité de la personnalité algérienne et à la survie de sa culture. Le joug colonial fut secoué et la liberté arrachée en 1962. Il s’agit ici de célébrer un exploit et de souligner la puissance du phénomène culturel qui a sous-tendu pendant plus d’un siècle la volonté d’exister, malgré la domination, les contraintes, les dévastations, les tentatives d’étouffement et les promesses fugaces. Il y a lieu également de rappeler l’engrenage du mécanisme dialectique de la répression et du soulèvement, de l’obscurantisme érigé en système et de l’infaillibilité de la mémoire collective … L’expérience de l’Algérie est, dans ce domaine, particulièrement instructive car elle révèle l’intensité de la résistance culturelle même aux moments les plus sombres et les plus difficiles. La culture est toujours restée l’âme vive de la nation.

On en parle pas vraiment dans cet article mais les États-Unis ont joué un rôle essentiel dans la guerre d’Algérie.

Les responsables américains sont dès 1954 convaincus : la France ne peut pas gagner la guerre et l’Algérie deviendra tôt ou tard indépendante. Outre leur anticolonialisme traditionnel, et la conviction que le conflit en Algérie, à la différence de celui d’Indochine, relève d’une autre catégorie que la guerre froide et donc ne justifie pas un soutien automatique à la politique française. Tout au long de la crise leur politique est dictée par la conviction que la guerre d’Algérie compromet la participation effective de la France à l’Otan et risque de pousser l’Afrique du Nord dans les bras de Moscou (pas seulement l’Algérie mais aussi le Maroc et la Tunisie dont l’importance est ici pleinement mise en lumière et sur lesquels compte Washington pour promouvoir un nationalisme arabe anticommuniste).

Washington demeure persuadé qu’une négociation avec le FLN en vue de l’indépendance est la seule issue, tandis que de Gaulle n’a pas encore du tout renoncé à l’Algérie. Il faudra attendre l’intervention massive de l’URSS, via les armées des frontières pour que la pression soit réellement ressentie par la France. Pour les américains, il était hors de question d’apporter un appui physisque au FLN du fait que l’URSS avait déja installé ses pions. La seule façon de ne pas perdre les terristoires d’Afrique du Nord était d’apporter un appui politique, notamment à l’ONU. La France, étant tout de même un allié des USA, ces derniers ne pouvaient tout de même pas s’installer comme si de rien n’était. Dans cette partie, le jeu d’influence avait été gagné par les soviétiques.   

2 Réponses à “La guerre de libération (1954-1962) suite II”

  1. Thank you Rahim for reminding us of the story. I’m looking forward to reading about europe.

  2. I mean thumb up…I am impatient to continuing


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