18 août 2017 ~ 0 Commentaire

La guerre de libération (1954-1962) suite I

carte-algerie

 

LA GUERRE1954-1962

L’Algérie commémore dimanche 20 août 2017, deux dates hautement symboliques de son histoire.  Le 20 août 1955 rappelle les  massacres du Nord-Constantinois et le 20 août 1956  coïncide avec la tenue du  congrès de la Soummam dans les villages d’Ighbane et Ifri situés dans la commune d’Ouzellaguen (Béjaïa, petite Kabylie).

Le congrès de la Soummam est le point de départ réel de la guerre où les chefs historiques du FLN (LARBI BEN M’HIDI 1923-1957, MOURAD DIDOUCHE 1927-1955MOHAMED BOUDIAF KHEIREDDINE 1919-1992HOCINE AÏT AHMED BEN MOHAMED YA­HIA 1926-2015, RABAH BITAT 1925-2000, MOHAMED BEN YOUSSEF KHIDER 1912-1967, BELKACEM BEN HADJ HOCINE KRIM 1922-1970, MOSTEFA LACHERAF 1917-2007, AHMED BEN BELLA 1916-2012) s’entendent pour mener des attaques sur tout le territoire, pour bien signifier aux colons que toute l’Algérie appartient aux algériens. Mais surtout, le congrès de la Soummam sera la ligne politique à adopter.

Lors de la toussaint 1954, le 1er novembre exactement, les Français d’Algérie commencent à pleurer leurs morts assassinés. La communauté française est devenue la cible d’attentats meurtriers par des actions violentes et concertées. Se seront les premiers morts de cette guerre qui débute pour durer près de huit ans. Huit ans d’une violence inouïe dans laquelle un million et demi de jeunes soldats Français vont prendre part dont 30 000 seront tués et dont des centaines de milliers d’algériens vont aussi tomber. La réponse française à cette insurrection sera le déplacement de plus de deux millions de paysans et la destruction de centaines de villages. Ce sera aussi une guerre qui va déraciner près d’un millions de pieds noirs, l’abandon et le massacres de milliers de « harki » (supplétifs de l’armée française fidèles à la France). Ce sera une guerre qui ne dira jamais son nom car, à cette époque, les politiques parlaient de mouvements d’Algérie. Et enfin, ce sera une guerre qui provoquera la chute de la République française pour donner naissance à la 5ème République et pour l’Algérie, l’arrachement de son indépendance.

Pour les français, une question se pose. Qui est derrière ces attentats, parfaitement coordonnés et sur tout le territoire? Il s’agira de plusieurs centaines d’hommes, dans la clandestinité, cachés dans les montagnes de Kabylie et de l’Aurès. C’est le FLN. Ce sont des groupes appartenant au courant politique de Messali Hadj (1898-1974, il fonda l’Etoile Nord Africaine- mouvement national pour l’indépendance).

C’est le 8 mai 1945 que tout bascule. Pendant que les Français fêtent leur fucking victoire en chassant les nazis, ils massacrent le peuple constantinois. Suite à l’assassinat d’un algérien parc qu’il brandissait le drapeau algérien, il y eut en réponse à cet acte les meurtres de 103 Français à Sétif et l’armée colonial traquent les hauteurs. Ce sera une répression aveugle qui va s’abattre sur Constantine. Exécutions sommaires, maisons et villages brulés et tortures. 40 000 morts en moins de trois jours et c’est là que le nationalisme algérien va vraiment se cimenter. Le général Duval (1894-1955) qui mène cette répression écrit «   Je vous ai donné la paix pendant 10 ans mais il ne faut pas se leurrer, tout doit changer en Algérie, sinon on se confrontera sérieusement ». Il avait raison. Il avait vu l’avenir qui l’attendait.

Effectivement, 10 ans après rien n’avait changé. L’opinion publique française ne savait même pas ce qui se passait de l’autre côté de la méditerranée. Même les politiques, pourtant renseignés par les renseignements généraux, feignent la surprise. Mendès France (1907-1982) est nommé pour mettre fin à la guerre d’Indochine, il va négocier l’autonomie de la Tunisie mais, pour lui, hors de question de discuter de l’Algérie estimant qu’il s’agit d’un territoire français et toute la classe politique en est convaincu. Il envoie donc son ministre de l’intérieur, François Mitterrand, pour le charger de rétablir l’ordre. Il dispose, à cette période, de fausses informations. Il croit savoir que les attentats perpétrés étaient l’œuvre des services secrets égyptiens. La réponse est clair pour le ministre. Ce sera la répression à tout va. La France commencent alors à envoyer des milliers de soldats en renfort. La tactique est de prendre l’insurrection de vitesse. Surtout pas sortir de la Kabylie; il s’agit du berceau de la révolte. Le terrain est très difficile d’accès, donc idéal pour la guérilla. Mais surtout, c’était une région très pauvre et sous administrée. Pour les combattants, il était facile de recruter. Une semaine à peine après les attentats, toute la Kabylie est encerclée. Le dispositif est impressionnant. On comptait 35 000 soldats Français sur équipés en comparaison aux fellagas. Ces derniers seront écrasés, mais ce n’est que le début de la guerre qui va se nourrir de sa propre violence et des humiliations que le peuple algérien subit. Les mécanismes politiques du FLN étaient déjà en place et la machine ne pourra plus s’arrêter jusqu’à l’indépendance. Les politiques Français n’avaient pas imaginé le degrés d’avancement de la stratégie du FLN.

l’ALN (Armée de Libération Nationale) est la branche armée du FLN. Humiliés, exécutés et souvent torturés, les algériens vont de plus en plus s’engager dans l’ALN. Malgré la répression, l’ALN recrute à tour de bras. De 3000 hommes au début de l’insurrection, elle passe à une armée de près de 10 000 l’année suivante. Elle est entrainée, structurée et parmi eux des soldats de l’armée française d’origines algériennes qui, déjà formés, forment à leur tour les nouvelles troupes. Effectivement, ils ont combattus pour la France pendant la seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine. Se sentant trahis par la façon dont ils sont traités par l’armée coloniale; humiliations et code de l’indigénat, ils décident de changer de camps. Ils désertent et rejoignent la rébellion comme Krim Belkacem (tête pensante du FLN) qui sera l’un des principaux hommes à abattre pour la France.

Le problème de cette armée clandestine manque cruellement de moyens modernes tels que chars et avions. Pour exister, le FLN doit absolument faire connaître leur combat au monde entier pour obtenir une reconnaissance internationale. C’est lors de la conférence de Bandung en avril 1955 et grâce à Nasser et Nehru qui réussissent à réunir 29 pays africains et asiatiques pour soutenir le combat algérien. Ils affirment leur droit d’exister en dehors des deux blocs qui dominent le monde. C’est la naissance de ce que nous appelons, les pays non-alignés et du tiers-monde. Evidemment, pour le FLN, c’est une première grande victoire politique.

Mais les politiques, coté colons, ne voient pas la marche inexorable de la décolonisation. Au contraire, ils envoient toujours plus de soldats. Les Français d’Algérie sont rassurés. Et les algériens ont de quoi s’inquiéter car ce sont les soldats qui ont combattus en Indochine en arrivant avec le gout amer de la défaite et pour les chefs le souvenir douloureux de la débâcle de 1945. Il va sans dire qu’ils n’ont pas le droit d’échouer, cela serait insupportable à leurs yeux. La guerre d’Algérie, ils veulent et ils doivent la gagner.

La reprise en main n’est pas que militaire mais aussi politique. Jacques Soustelle (1912-1990) est nommé nouveau gouverneur d’Algérie. Il est ethnologue de formation et avant d’agir, il veut avant tout comprendre le pays et sa société. Il s’adresse à tout le monde et défend l’idée d’intégration. Il veut réformer et donner aux autochtones les mêmes droits que les français. Mais il comprend vite les différences. Les Français d’Algérie ne veulent rien savoir. Ne veulent aucun partage. Ils ne sont qu’un million alors que les algériens sont neuf millions dont 9 sur 10 n’ont jamais fréquentés l’école, ils ne savent ni lire ni écrire et sont pour la plupart très pauvres. Soustelle comprend vite que les européens ont créés une société inégalitaire. Il voit la misère et bidonvilles ce qui est intolérable à ses yeux. Il sait que ce sont là les ferments de la révolution. Il ne veut pas croire que c’est trop tard pour arranger les choses. En réalité, la rupture est consommé depuis bien longtemps mais il se donne une chance. Alors il s’y atèle. Il veut pacifier les zones rebelles en y apportant le progrès à travers les Sections Administratives spécialisées (SAS). Il y en aura 750 à travers le pays. Les militaires seront alors utilisés dans un autre rôle que celui de la guerre. Le parachutiste devient instituteur, le médecin militaire se mêle à la population pour apporter des soins et le génie construit des ponds là où il doit y en avoir. C’est une autre forme de guerre que la France veut démarrer. L’objectif est de gagner l’affection de la population pour les détourner du FLN car, à cette période précise, la majorité de la population n’avait pas encore pris parti pour la révolte. C’était devenu un enjeux pour la France. Mais cette action humanitaire n’est pas sans arrière-pensée. Elle permet de débuter un vaste travail de recensement en nommant et en fichant les individus pour faciliter leur contrôle. Ce qui va aussi leur permettre d’armer des bénévoles qui deviendront par la suite les Harkis.

L’été 1955, la politique de l’isolement du FLN et de la main tendu porte ses fruits et, de plus, l’organisation clandestine est harcelé par l’armée. Cette dernière perd du terrain. Alors le FLN, conscient de cela, veut créer un choc. Il va chercher à engager une stratégie de guérilla et de harcèlement dans le but de déstabiliser l’adversaire. Pour cela, il lui faut atteindre un niveau de violence sans précédent pour qu’il y ait un point de non retour dans la guerre des deux cotés, séparant ainsi définitivement les deux communautés. Le 20 août 1955 à Philippeville dans le nord de Constantine, à la machette, à la hache, au couteau et même à la pioche, des centaines de paysans s’attaquent sans distinction aux hommes, aux femmes, aux enfants et aux vieillards; 150 morts dont 130 Français sont tués. Le choc psychologique est violent et définitif. Le point de non-retour est alors franchi. Soustelle est sous le choc lui même et ne trouve même pas les mots pour décrire ce qu’il voit. L’objectif du FLN est atteint car Soustelle change radicalement de politique. Pour lui, la répression militaire doit être à la mesure du choc et doit bouleverser tous les algériens. Il s’en suivra meurtres et exécutions en série sans aucun état d’âme. La haine et la peur se sont installer partout et l’escalade est inévitable des deux cotés.

Soustelle proclame alors l’état d’urgence et ordonne de traquer les rebelles par tous les moyens. Il y aura 12 000 morts ce qui permettra de dénoncer cette répression au sein des Nations-Unis. La question algérienne est alors portée à l’ordre du jour lors de l’assemblée générale de la même année. C’est une victoire diplomatique sans précédent pour le FLN. La France est entrain de couler politiquement, elle s’isole de plus en plus.

Depuis la médiatisation internationale de la guerre, en France, l’Algérie est devenue un sujet d’inquiétude pour la population. Il s’est imposé comme le centre de gravité de la politique intérieure. On pourrait dire enfin. C’est en faisant campagne pour la paix que le socialiste Guy Mollet (1905-1975) remporte les élections de décembre 1955. Sa première décision est de virer Soustelle. Il se rend à Alger et est décrié par les Français d’Algérie car la Tunisie venait d’obtenir son indépendance. On est 1956. On lui jette des tomates et tout genre de projectiles. On hurle « l’Algérie française, l’Algérie française ». Il entre à Paris et nomme un nouveau gouverneur pour l’Algérie. Robert Lacoste (1898-1989), ancien résistant et membre du parti socialiste qui aura des pouvoirs spéciaux qui donnera carte blanche à l’armée coloniale pour mater la rébellion, voir écraser définitivement l’ALN. Pour cela les militaires découpent le pays en trois zones; la première zone est la zone d’opération car c’est là où se cachent les rebelles et vont être traqués par des ratissages. La deuxième zone est la zone de pacification c’est à dire que les militaires arment la population pour se défendre contre l’ALN (les harkis). Lacoste n’avait pas compris que l’ordre du monde avait changé et la troisième zone est la zone interdite. Des villages entiers sont vidés de leur population et totalement rasés. Le but est évidemment de couper l’ALN de toutes ses bases arrières et la consigne est d’exécuter la moindre personne s’y trouvant encore sur les lieux. Deux millions de paysans sont déplacés vers des camps de regroupements notamment à l’Est du pays. Commencent alors un exode de centaines de milliers de personnes vers la Tunisie. Les camps de réfugiés font leur apparition et c’est rapidement la famine qui décime des milliers de familles entières. Face à cette tragédie humanitaire, la croix rouge décide d’intervenir. Grace ou à cause de cela, la guerre d’Algérie s’internationalise de plus en plus et la France est montré du doigt. Politiquement elle est en train de perdre la guerre.

Il ne faut pas oublier une dernière zone qui n’apparait jamais dans les « mouvements d’Algérie »: le Sahara. Ce territoire intéresse hautement les autorités françaises. On y découvre effectivement l’or noir, le pétrole et le gaz. Un gigantesque gisement à Hassi Messaoud est découvert ce qui va redistribuer les cartes du conflit. Pas question pour les Français d’accorder une quelconque indépendance au pays. Pour assurer le quadrillage du pays il faut plus d’hommes. Mollet prend une décision lourde de conséquences. Il engage les appelés au conflit et porte le service militaire à 28 mois, du jamais vu depuis la mobilisation de 1939.                  475 000 soldats seront présents en Algérie pour écraser l’ALN. A leur retour, la plupart des appelés seront traumatisés.

Mollet avait promis la paix mais il se rend compte qu’il a plongé le pays dans la guerre totale. L’ALN tend des embuscades partout et les jeunes Français tombent comme des mouches. En France c’est l’indignation. En tant que ministre de la justice, c’est à nouveau Mitterrand qui se retrouve en première ligne pour essayer d’anéantir l’ALN car il prend de plus en plus de terrain et politiquement et militairement. Des milliers d’algériens sont emprisonnés et condamnés, il se montrera inflexible; tous les condamnés à mort seront exécutés. Il refuse les grâces même pour ceux où il n’y aucune preuve. Un vrai revanchard et la guillotine deviendra une arme de guerre. Le FLN se doit de répondre. le 20 août 1956, en Kabylie, se réunissent les chefs pour unifier tous les courants du pays. Ils annoncent la création du conseil national de la révolution algérienne (CNRA). Il sera l’unique interlocuteur des futurs négociations pour l’indépendance. Intellectuellement et psychologiquement c’est très bien joué car il signifie aux Français que l’issu de la victoire ne fait aucun doute. En 1957, et en secret, Guy Mollet entame des pourparlers avec le FLN. Pour torpiller ces négociations, certains officiers français décident d’une opération spectaculaire; le premier détournement d’avion de l’histoire ou se trouvent à l’intérieur certains leaders du FLN. Les négociations sont interrompus. Le pouvoir politique se déplace du coup à Alger. Bientôt l’effondrement de la VI ème République.

Mais il y a un autre problème géopolitique en Afrique; le canal de Suez. Pour reprendre la main politiquement, Mollet, avec ses alliés anglais et israéliens, décide alors de faire la guerre au colonel Nasser. Ils veulent l’éliminer car il est un soutien inconditionnel de l’Algérie. L’URSS entre alors en jeux et menace toutes les communautés occidentales d’une guerre de « cristallisation » si ils ne se retirent pas d’Egypte. L’ordre est donné aux trois pays de se retirer. C’est un fiasco politique pour la France. De plus les pays en question ont été condamnés à l’ONU et pour la seconde fois, la question algérienne est à l’ordre du jour. La France se retrouve isolée. Les américains et les russes ne veulent plus de cette guerre et pourtant en Algérie, les Français continuent de parader. L’armée accueille son nouveau chef comme un consul, le général Salan (1899-1984), le militaire le plus décoré de France et l’une des grandes figure de la guerre d’Indochine. Il est stratège de la guerre subversive et ne tolère aucune contestation. Les Français mettent désormais tous les moyens pour abattre l’ALN. L’objectif de Salan est d’écraser une fois pour toute le FLN sur le terrain militaire. Et pour cela, il ferme totalement le pays en mettant un étau , des barrières et des mines aux frontières; plus de 3 000 000. Avec le Maroc et la Tunisie, les frontières sont totalement électrifiées. Les passages des rebelles deviennent plus complexes. Ces passages permettaient l’acheminement des armes. En mer, c’est la marine qui surveille toute la côte algérienne. Le pays est totalement hermétique. L’ALN ne reçoit quasiment plus d’armes. Elle doit donc développer une autre stratégie pour lutter. Le FLN décide alors de se replier sur les grandes métropoles et notamment à Alger pour poursuive le combat. Ce sera une autre guerre qui commence, celui du chat et de la souris. C’est maintenant à Alger que tout va se passer.

Face aux premières victimes, l’on nomme le général Massu (1908-2002) à qui on lui attribue les pouvoirs de police pour maintenir l’ordre. Il s’agira d’une grave décision, c’est le début de la torture à la chaine pour extorquer des informations mais immédiatement après sa nomination, trois explosions ravagent trois cafés fréquentés par les européens; 57 morts. Alger est en panique. Les Français d’Algérie se demandent ce que l’armée fait. Le FLN continue son combat et lance un appel à la grève générale. La population entend cet appel et Alger ressemble à une ville morte durant deux jours seulement parce que l’armée française reçoit l’ordre de briser la grève car celle-ci ne doit pas être visible. Personne ne doit savoir que le FLN est soutenu par la population. Ils ouvrent donc de force les rideaux des magasins. Massu déploie les parachutistes partout dans la ville. Il la quadrille, fiche, contrôle et fouille tous les passants avec une attention particulière pour les femmes; elles aussi ont intégré la lutte.

C’est dans la « Casbah », où se cachent la plupart des résistants du FLN, que la répression est  la plus vigoureuse. Il fouillent maisons par maisons, ils ratissent tous les coins et à défaut d’être coupable, tout le monde est suspect. Commencent alors les déportations vers des villas cachées au quatre coins d’Alger pour les tortures, on parle de zones de transits et de triages. On rafle à tout va des hommes et des femmes en âge de combattre. L’usage de la torture et des exécutions sommaires provoquent un choc au sein des appelés. La torture se généralise maintenant sur tout le territoire. A Constantine,  un nouveau préfet est nommé, Maurice Papon (1910-2007), ancien fonctionnaire de Vichy. Le message est clair, les algériens vont passer de mauvais quarts d’heures. C’est le cas, il couvre toutes les exactions.

Le 14 juillet 1958, Massu et ses soldats paradent triomphalement aux Champs Elysées. Tout le monde politique sait ce qui se passe mais couvre les agissements des militaires car, en réalité, les résultats sont là. Le nombre d’attentats a chutés de plus de 60% en une année. Malgré ces améliorations, les attaques continuent et les arrestations s’enchainent. Il s’agit maintenant de maintenir une psychose à défaut d’une destruction massive. La vérité aussi est que les chefs du FLN tombent et les réseaux sont détruits. Des milliers d’algériens ont été arrêtés et plus de 5000 d’entre eux sont portés disparus; on ne les retrouvera jamais. Un véritable crime de guerre. La bataille d’Alger est terminée au prix d’une grave crise morale pour un pays qui revendique le statut de la nation des droits de l’homme. Attention, la guerre n’est pas finie pour autant.

Une guerre fratricide est en train d’avoir lieu en même temps que celle qui est menée contre la France. Le FLN contre le rival nationaliste le Mouvement Nationaliste Algérien (MNA) dirigé par Messali Hadj. Le but est bien évidemment d’obtenir l’hégémonie politique. Le FLN veut être l’unique interlocuteur de la France et pour cela il se montre impitoyable. Le 28 mai 1957, une unité de l’ALN massacre 374 habitants du village de Mélouza, à la charnière entre la Kabylie et Constantine. Ils étaient considérés comme des sympathisants au MNA. Profitant de cette situation, les autorités françaises convoquent la presse internationale pour couvrir l’évènement. La tragédie devient du coup de la propagande. L’impact en France est immédiat. Des dizaines d’immigrés originaires de Mélouza rejoignent leur région. L’idée est simple. Il s’agit maintenant de diviser la nation. Ces immigrés choisissent de devenir des harkis pour venger leurs proches. Et là encore, la presse internationale est là pour commenter les évènements. Mais la propagande, le FLN l’utilise aussi de son côté car il a un besoin vital de reconstituer son armée. La fermeture des frontières a fait son effet, les hommes du Maroc et de Tunisie y sont restés constituant ainsi l’armée des frontières. Cette armée est parfaitement organisée, les hommes reçoivent une solde et des armes provenant d’Egypte et d’URSS, sans parler d’une formation politique complète et militaire solide. Ils mènent régulièrement des attaques meurtrières contre l’armée française aux frontières. Et les Français ripostent en bombardant des villages tunisiens ou marocains soupçonnés d’abriter les combattants du FLN. Pour le plus souvent, ce sont les civils qui trinquent. La Tunisie porte plainte contre la France et projette les images à l’ONU et toute la communauté internationale condamne. Les américains menacent d’armer le FLN si cela continue. Les russes, les arment déjà. Il faut mener une guerre diplomatique et politique avec vigueur pour le FLN. Il déploie toute son énergie pour avoir le maximum de soutien. Il va sans dire que c’est un véritable désastre pour l’image de la France car elle ne peut plus justifier d’une opération de maintien de l’ordre mais qu’il s’agit bel et bien d’une guerre. On parle de boycotter les produits Français; industriels et agricoles.

Les politiques Français se déchirent. La pression internationale est trop forte et en pleine tourmente, début 1958, la France n’a pas de gouvernement. La 4 ème République est en train de s’effondrer. Depuis sa retraite de Colombey, un homme observe l’évolution catastrophique de la politique française. Il s’agit de Charles de Gaulles (1890-1970) qui sent que l’heure est venue d’ intervenir avant que la France ne flanche face aux Etats-Unis et l’URSS comme lors de la guerre contre Nasser.

Le 13 mai 1958, une foule immense se regroupe à Alger pour rendre hommage à 4 Français assassinés par le FLN en scandant encore « Algérie française »; des débordements et le désir de se venger contre les populations musulmanes de la Casbah font craindre le pire. L’armée apparaît, à ce moment, comme la dernière autorité capable d’incarner le pouvoir. En effet, les européens d’Alger prennent le siège du gouvernement. Rien ne va plus. L’idée du FLN était aussi de diviser la France métropolitaine des Français d’Algérie pour les affaiblir politiquement. Et ca marche. La République se disloque peut à peut. Aucun gouvernement à Paris pour régler le problème. La voie est libre pour les militaires Français à Alger. Salan prend alors le pouvoir en Algérie en créant un Comité de Salut Public pour diriger le pays. A Paris, tout le monde panique, les députés essayent de stabiliser le pouvoir et nomment un nouveau premier ministre à la hâte. De l’autre côté de la Méditerranéen, l’armée confirme qu’elle a pris le pouvoir définitivement sur le pays. C’est bien évidemment un pouvoir sans aucune légalité. Entre temps la lutte continue côté du FLN et de l’ALN. Des attentats, il y en a tous les jours. Pour le FLN, il sera plus facile de combattre l’armée de l’envahisseur sans sa grande sœurs; la France.

Bon ca suffit, ca devient trop long, on ouvre une autre page…

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